
Welcome in Texas!
Le 14 mai nous quittons les jardins artificiels de Tachkent pour la steppe kazakh. Comme à l'accoutumée les formalités douaniéres nous prennent plusieurs heures. On ne sait où attendre avec nos vélos, pour nous impossible de se faufiler dans la file d'attente. C'est la désorganisation totale, certains sautent les barriéres pour avancer dans la file faisant passer leur volumineux paquets en premier, les flics gueulent des choses incompréhensibles en faisant tournoyer leurs matraques. Des groupes attendent sur le bord on ne sait quoi. On choisit de faire comme eux en se rendant visible mais, a t-on le choix? On héle le personnel, et finalement quelqu'un vient nous chercher et s'occupe de nous personnellement. Vérification des papiers, passage du contrôle des bagages, le moment le plus délicat est le dernier portique où un agent doit nous mettre le tampon de sortie. Hésitation. Où sont nos papiers d'enregistrement dans les villes? Nous n'en avons qu'un car nous n'avons été qu'une fois à l'hôtel et c'est les seuls habilités à nous enregistrer auprés des autorités. En Ouzbékistan, sur le papier, il semble interdit de camper ou de dormir chez l'habitant. A l'entrée dans le pays on nous avait pourtant dit que ce n'était pas nécessaire de nous enregistrer... Et aucun policier n'a demandé nos papiers d'enregistrement au cours de notre séjour. Une fois seulement j'ai eu un vrai contrôle de police dans le métro de Tachkent et le coeur battant j'ai attendu la question fatidique sur mon enregistrement mais rien... Je risquais une amende de 1000 dollars... On parlemente. J'explique la difficulté de communiquer avec les autorités qui ne parle pas anglais et moi qui ne parle pas russe. Et je sors l'attestation de protection de l'ambassade de France. Le sésame. La situation se débloque par magie! La douane kazakh sans être vraiment mieux organisée, est moins épique.
Changement de décor. Enfin dans la steppe! La route se faufile dans une immense plaine vallonnée et fleurie. Au loin les contreforts enneigés des montagnes. Camaïeu de vert, de jaune et de blanc. Nous passons notre premiére nuit dans la steppe sous la tente prés d'une ferme. Les Kazakh sont plus distants que les ouzbeks. L'ouzbek a déjà posé dix questions que le Kazakh est encore en train de te jauger.
Puis la route s'éléve de plus en plus avant de rejoindre Schimkent aprés une longue descente. Notre couchsurfeuse, Eugénette, est injoignable. Le jour commence à baisser quand enfin elle répond au téléphone. Le lendemain de nouvelles réjouissances administratives commencent. L'enregistrement made in Kazakhstan! On ne le fait qu'une fois mais ça dure toute la journée. Les policiers sont ici plus compliqués et corrompus que partout ailleurs. Nous sommes arrivés au Texas. Cette région située entre Schimkent et Taraz est ainsi nommée par les Kazakhs eux-mêmes car la loi kazakh ne s'applique pas ici, c'est la loi du bakchich. Ils en rigolent même et en parlent ouvertement. Heureusement pour nous, un ami avocat d'Eugénette vient à la rescousse et s'occupe de notre enregistrement. Une bonne soirée chachlik (brochette) clôture la journée passée à poireauter dans les couloirs du bureau de police et nous repartons le lendemain nos formalités accomplies. Ironie du sort, des policiers ce jour-là veulent nous donner de l'argent! Oui vous avez bien lu! Ils veulent absolument nous donner un billet pour acheter de l'eau. C'est à n'y rien comprendre...
Aprés une nuit de bivouac face à la montagne nous rejoignons Taraz le jour suivant sous un ciel menaçant. L'orage éclate alors que je demande de l'eau à une ferme. Finalement nous passerons la nuit chez eux. Le lendemain matin l'orage gronde toujours. Nous attendons plusieurs heures et enfin le ciel s'éclaircit mais un orage s'abat sur nous en fin de journée. A l'abri sous un tunnel de la voie ferrée, la tempête reste impressionnante. Le ciel est bouché, les montagnes invisibles et la grêle s'abat violemment pendant plusieurs minutes avant d'être relayée par des litres d'eau. J'observe les flaques qui gagnent du terrain sur notre abri. Une heure aprés, la terre grasse est devenue une immense patinoire. Nous enlevons la boue à pleine main car elle bloque nos roues et chaque passage de voiture est l'occasion d'une copieuse douche. Ce soir-là, l'orage rôde toujours et au loin le ciel est illuminé par les éclairs. Encore une fois, nous essuyons une averse alors que nous dînons. Un monsieur nous a proposé un bout de jardin pour mettre nos tentes mais il a insisté pour mettre nos vélos à l'abri chez lui!
Le lendemain le ciel est enfin nettoyé et les montagnes sont resplendissantes. Le vent et le soleil jouent avec l'herbe qui danse. Je navigue avec bonheur dans cet océan, les vagues sont douces. Déjeuner dans les herbes hautes. Je pourrais rester là une éternité à regarder la montagne. Mais il faut reprendre la route et trouver un camion pour nous avancer sur la route d'Almaty. Nos visas mongols et russes risquent en effet de prendre un peu de temps. Arrêtés sur le bord de la route à la sortie de Merke, un poids lourd lourd nous prend en stop. La route est défoncée et parfois même en travaux. Nous allons mettre de longues heures à faire quelques 300 kilométres. Je voyage couchée sur la banquette à l'arriére de la cabine. Aprés plusieurs heures de route cahotante j'ai une horrible envie d'aller aux toilettes mais je n'ose pas demander car nous avançons à faible allure et le chauffeur doit être pressé de rentrer chez lui. Enfin vers 22h nous nous arrêtons dans une station pour prendre un café. Nous essayons de lui expliquer qu'il peut manger et que nous dinerons plus tard car nous n'avons pas assez d'argent pour payer trois repas. Mais il veut juste faire une petite pause et dîner chez lui. Au final il insiste pour nous offrir le café et un gâteau. Nous le quittons vers 23h à une soixantaine de kilométres d'Almaty. Nous cherchons à la frontale un endroit tranquille pour poser la tente. Le repas est vite expédié car le lendemain nous ne devons pas partir trop tard pour rejoindre Almaty. L'entrée dans les grandes villes peut être longue et fastidieuse...
La route d'Almaty est trés belle car elle est vallonnée et proche des montagnes. De plus le temps est trés clair aujourd'hui. Il fait chaud. Je m'arrête pour chercher de l'eau dans un restaurant. Les serveuses me posent tout un tas de questions en voyant mon drôle de vélo. C'est l'heure du déjeuner et nous sommes hélés par un groupe de chauffeurs ouzbek. L'un d'eux nous a vu pédaler dans le Karakalpakstan et vient de nous reconnaître. Ils veulent absolument que nous déjeunions avec eux. Ils viennent de commander des chachliks et du thé. Vincent fait la tête car il est contraint de manger de la viande grasse de mouton, ce qu'il déteste! Moi je suis aux anges car j'adore ça, les brochettes de mouton sont mes préférées surtout quand la viande est forte comme aujourd'hui.
Fin de journée. Arrivée à Almaty. C'est immense! Notre couchsurfeur est injoignable et il n'y a personne à l'adresse indiquée. Heureusement j'ai le numéro d'une autre couchsurfeuse qui accepte de nous héberger. Je suis soulagée de la voir arrivée à 22h à notre point de rendez-vous. La journée à été longue!